Société haïtienne : 1,47 million de déplacés et une crise humanitaire persistante
Plus de la moitié de la population a besoin d’une aide humanitaire en 2026. Déplacements, faim, violences sexuelles et services fragilisés : la crise touche le quotidien de millions d’Haïtiens.
Un pays de déplacés
Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), environ 1,47 million de personnes étaient déplacées de force en Haïti en mai 2026, dont plus de 51 % d’enfants. Le chiffre a augmenté d’un peu plus de 1 % par rapport à mars, notamment dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince et dans l’Artibonite, à cause de la reprise des combats entre gangs à Cité Soleil et des attaques dans l’Artibonite. Les affrontements de la Plaine du Cul-de-Sac et de Cité Soleil ont à eux seuls déplacé plus de 18 000 personnes entre mars et juin.
La géographie de la violence évolue. Au deuxième trimestre, 78 % des victimes documentées par le BINUH l’étaient dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, mais 17 % dans l’Artibonite, et des attaques ont atteint le Sud-Est. Au total, 1 408 personnes ont été tuées et 656 blessées entre avril et juin, après plus de 1 600 morts au premier trimestre.
Plus de la moitié de la population a besoin d’aide
Le Plan de réponse humanitaire 2026 de l’ONU estime que 6,4 millions d’Haïtiens, soit plus de la moitié de la population, auront besoin d’une aide d’urgence en 2026, contre 6 millions en 2025, soit une hausse de 6,7 %. Les déplacements internes liés à la violence armée ont doublé par rapport à la même période de l’année précédente.
Sur le plan alimentaire, 5,9 millions de personnes pourraient ne pas manger à leur faim sur la période mars-juin 2026, et environ 294 000 enfants souffrent de malnutrition aiguë. L’ONU demande 880 millions de dollars. Le secteur de la sécurité alimentaire note que les besoins dépassent largement la capacité de réponse, et qu’une partie de la population dépend de l’assistance pour satisfaire ses besoins essentiels.
Des services de base à l’arrêt
Les attaques de gangs perturbent l’éducation et la santé. Au deuxième trimestre, les gangs ont brûlé ou détruit près de 300 maisons et autres bâtiments, dont deux écoles et le commissariat de Dessalines. Le 11 mai, Médecins Sans Frontières a dû évacuer son hôpital de Cité Soleil et suspendre ses activités pendant plusieurs semaines. Dans l’Artibonite, des organisations de la société civile et des acteurs humanitaires ont alerté sur le risque d’isolement de la commune de Verrettes à cause des barrages illégaux sur les routes nationales.
Des violences sexuelles massives
Entre avril et juin, au moins 796 personnes ont été victimes de viols commis par des membres de gangs, dont 772 femmes, 23 filles et un homme. Dans 87 % des cas, il s’agissait de viols collectifs, et 98 % des incidents ont été signalés dans l’Ouest. Le BINUH précise que ces chiffres sont sous-estimés, à cause de la peur des représailles, de la stigmatisation et du manque de confiance dans la police et la justice. Les services d’aide aux victimes manquent de financement, de personnel et de refuges sûrs. La Police nationale a enregistré 235 cas de violences sexuelles et basées sur le genre sur la période, dont 77 % concernaient des enfants.
Les enfants en première ligne
Le BINUH indique que la majorité des 26 gangs actifs recrutent et exploitent des enfants, dans un contexte de pauvreté, de déplacements forcés et de dégradation des services publics. Les garçons sont exposés à des tâches de guet ou à des actes plus graves, les filles aux violences sexuelles. Des enfants figurent aussi parmi les victimes civiles des frappes de drones explosifs : au moins six ont été tués ou blessés au deuxième trimestre.
Une société qui s’organise
Malgré la crise, la solidarité et l’organisation communautaire se maintiennent, avec le soutien de la diaspora. La vitalité de la culture haïtienne et l’enthousiasme suscité par les Grenadiers au Mondial entretiennent la cohésion. Mais la stabilité durable dépend de l’économie, analysée dans Économie haïtienne : inflation en baisse, huitième année de contraction en vue, et d’une justice capable de protéger les victimes, comme l’explique Justice haïtienne : prisons saturées, pôles spécialisés et dossiers en attente.