Économie haïtienne : inflation en baisse, huitième année de contraction en vue
L’inflation recule et la gourde reste stable, mais l’activité devrait se contracter pour la huitième année consécutive. Les transferts de la diaspora demeurent un pilier, au moment où la fin du TPS aux États-Unis crée de nouvelles incertitudes.
Une inflation qui ralentit, des prix qui restent élevés
Selon la note de politique monétaire de la Banque de la République d’Haïti (BRH), l’inflation annuelle s’est établie à 18,9 % en juin 2026, après avoir atteint 21 % en avril. L’inflation sous-jacente était de 17,3 %. La baisse des prix des carburants a contribué à ce ralentissement, dans un marché des changes relativement stable : au 30 juin, le dollar valait 130,53 gourdes.
L’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) indique une inflation annuelle de 17,0 % en août 2026, contre 32,2 % en octobre 2025. Mais la baisse du rythme d’inflation ne signifie pas une baisse des prix : en août, le riz coûtait 20,5 % plus cher qu’un an plus tôt, la viande 24,6 % et les pois 20,5 %. La Banque mondiale rappelle que l’inflation moyenne avait atteint 28,3 % en 2025, après 25,8 % en 2024 et 44,2 % en 2023, ce qui pèse de manière disproportionnée sur les ménages les plus pauvres.
Une activité qui recule moins vite, mais qui recule encore
L’économie haïtienne s’est contractée de 2,7 % en 2025, selon la Banque mondiale, avec un déclin dans tous les secteurs. Au premier semestre 2026, l’activité a baissé de 0,8 %, contre 2,6 % un an plus tôt, et l’indice conjoncturel d’activité économique a reculé de 0,6 % au deuxième trimestre. La BRH prévoit pour 2026 une contraction de 1,5 % à 1,9 %, ce qui ferait de cette année la huitième consécutive de baisse. Elle cite parmi les risques l’insécurité, les difficultés de déplacement et les contraintes sur le transport des marchandises.
Les prévisions divergent : en janvier, la Banque mondiale projetait une croissance de 2 % pour 2026, tout en précisant qu’elle dépendait fortement de modestes gains de stabilité et de sécurité. Le FMI, lui, attend une contraction de 1,7 %. Selon la BRH, la chute cumulée du PIB entre 2019 et 2025 est estimée à 16,1 %, soit environ 106 milliards de gourdes.
La violence frappe le commerce et l’agriculture
Le BINUH décrit l’effet direct des gangs sur l’économie. Dans la Plaine du Cul-de-Sac, zone stratégique qui abrite des entreprises et deux routes reliant le port à conteneurs et le terminal pétrolier de Varreux au nord du pays, les affrontements entre gangs ont paralysé le transport et forcé commerces et écoles à fermer. Des chefs d’entreprise ont alerté les acteurs nationaux et internationaux sur les risques pour leurs activités logistiques.
En milieu rural, les gangs ont détruit des intrants agricoles et volé des récoltes et du bétail. À Jean Denis, dans l’Artibonite, des moulins à riz appartenant à des agriculteurs ont été détruits volontairement le 3 juin. Les barrages illégaux sur les routes nationales 1 et 2 freinent la circulation des biens et des personnes.
Les transferts de la diaspora, un pilier aux chiffres contrastés
Les transferts de fonds restent la principale source stable de devises. Selon la BRH, ils ont atteint environ 5 milliards de dollars en 2025, en hausse d’environ 20 %, et ont contribué à porter les réserves nettes à 1,6 milliard et les réserves brutes à 3,2 milliards de dollars, soit environ six mois et demi d’importations. Un rapport du Fonds international de développement agricole (FIDA), publié en septembre, retient 4,11 milliards de dollars en 2025, soit 17 % du PIB, une hausse de 85 % sur dix ans. Une étude de la Banque interaméricaine de développement évoque environ 16 % du PIB et indique que près de 80 % de ces fonds viennent des États-Unis. Ces écarts tiennent à des méthodes de calcul différentes : citez toujours la source.
Cette dépendance explique l’inquiétude suscitée par la fin du statut de protection temporaire pour les Haïtiens aux États-Unis. L’étude de la BID souligne que l’effet sur les finances publiques est le mieux établi, tout en précisant que les transferts ne diminueront pas forcément de façon automatique. Nous détaillons ce dossier dans Haïti et le monde : force anti-gangs prolongée, fin du TPS et expulsions massives.
Des finances publiques très fragiles
Les recettes publiques ont diminué en 2025 pour atteindre 4,8 % du PIB, selon la Banque mondiale. Celle-ci souligne aussi que des prix élevés du pétrole et des matières premières, liés au conflit au Moyen-Orient, pourraient accentuer les pressions inflationnistes. Le Plan de réponse humanitaire de l’ONU estime que 5,9 millions de personnes seront en insécurité alimentaire sur la période mars-juin 2026, un chiffre qui montre le lien entre économie et vie quotidienne, développé dans Société haïtienne : 1,47 million de déplacés et une crise humanitaire persistante.
Quelle reprise ?
Les institutions s’accordent sur un point : un redressement durable suppose davantage de sécurité et de stabilité politique. La Banque mondiale fait dépendre la reprise des progrès de la Force de répression des gangs et de la tenue des élections. Ces deux conditions sont examinées dans Haïti : le pari des élections du 13 décembre après la fin du Conseil présidentiel de transition, tandis que la sécurité des contrats et la lutte contre l’impunité renvoient à Justice haïtienne : prisons saturées, pôles spécialisés et dossiers en attente.