Haïti : le pari des élections du 13 décembre après la fin du Conseil présidentiel de transition
Pour la première fois depuis 2016, les Haïtiens pourraient être appelés aux urnes le 13 décembre. Mais entre un registre électoral loin d’être complet, un référendum constitutionnel contesté et une insécurité persistante, le calendrier reste un pari.
Une transition qui n’a pas tenu ses promesses
Haïti n’avait pas organisé d’élections depuis neuf ans lorsque ses autorités ont annoncé, en décembre 2025, un nouveau calendrier électoral. Le pays est sans président depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, en juillet 2021. Le Conseil présidentiel de transition (CPT), mis en place par l’accord du 3 avril 2024, devait organiser des élections et transmettre le pouvoir début 2026. Il a achevé son mandat le 7 février 2026 sans avoir rempli cette mission.
Depuis cette date, le gouvernement intérimaire est dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Selon le centre de recherche américain CSIS, il bénéficie d’un solide appui américain et international, mais la lutte autour de sa succession l’a fragilisé politiquement. Le Canada a salué la fin du mandat du CPT comme une étape vers la stabilité et a dit compter sur le chef du gouvernement pour améliorer la sécurité et organiser des élections générales.
Du Pacte national au nouveau calendrier
Le 2 décembre 2025, les autorités avaient fixé un premier tour au 30 août 2026, en précisant que le rétablissement de la sécurité en était un préalable. Cette date n’a pas été tenue. Dans la nuit du 21 au 22 février 2026, un « Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections » a été signé entre le Premier ministre, la classe politique et la société civile. Selon Wikipédia, il prévoit que l’exécutif soit exercé par le Conseil des ministres jusqu’aux élections et qu’un référendum constitutionnel ait lieu le jour du scrutin.
Le Conseil électoral provisoire (CEP) a retiré en avril son calendrier précédent, à la demande du gouvernement, afin de l’aligner sur ce pacte et sur les projets de réforme constitutionnelle. Le 27 juillet, il a publié un nouveau calendrier : le premier tour aura lieu le 13 décembre 2026 et couvrira la présidentielle, les législatives et la consultation sur les réformes constitutionnelles. Le second tour et les élections locales sont prévus le 21 février 2027.
L’inscription des candidats était prévue du 20 août au 2 octobre. La campagne officielle doit démarrer le 5 octobre et durer jusqu’au 12 décembre. Le président du CEP, Jacques Desrosiers, a insisté sur des préalables indispensables au respect de ce calendrier. Le CEP lui-même reconnaît que la sécurité et le financement restent des obstacles majeurs.
Un registre électoral à la traîne
C’est sur l’inscription des électeurs que les doutes sont les plus forts. Selon un bilan du CEP rapporté par le média Rezo Nòdwès, 628 755 personnes étaient inscrites, alors que l’objectif est d’environ 6,1 millions. Ce média calculait quelques semaines plus tôt qu’il faudrait enregistrer des dizaines de milliers d’électeurs par jour pour atteindre ce chiffre avant le scrutin. Il relève aussi que l’instance électorale a connu trois présidents en moins de deux ans.
Un référendum qui divise
La consultation constitutionnelle suscite des critiques. Rezo Nòdwès s’interroge sur le texte précis que les citoyens devraient ratifier, et soulève des objections juridiques sur les délais de publication de l’objet du référendum et sur l’interdiction de modifier la Constitution par cette voie. Ces arguments sont ceux d’un média d’opinion, et il appartiendra aux autorités et au CEP de produire les actes qui permettent de lever ces doutes. À ce stade, ils illustrent le climat de défiance dans lequel s’ouvre la campagne.
La sécurité, condition de tout le reste
Le vote ne peut avoir lieu sans un minimum de sécurité. Le 29 septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a prolongé de six mois la Force de répression des gangs, en grande partie pour créer des conditions minimales avant le référendum et les élections [8]. Mais cette force n’était déployée qu’à environ 30 % de ses effectifs prévus, et la Russie a relevé que ces retards pesaient sur la préparation du scrutin. Nous détaillons ce dossier dans notre article Haïti et le monde : force anti-gangs prolongée, fin du TPS et expulsions massives.
La confiance des électeurs dépend aussi de l’état de la justice, que nous analysons dans Justice haïtienne : prisons saturées, pôles spécialisés et dossiers en attente, et de la situation économique, présentée dans Économie haïtienne : inflation en baisse, huitième année de contraction en vue.
Ce qu’il faut surveiller
Les prochaines semaines diront si le calendrier tient : la liste définitive des candidats, le rythme des inscriptions, la publication du texte soumis au référendum et la montée en puissance de la force internationale. Ayiti Chrono suivra chacune de ces étapes.